Un questions-réponses réalisé avec Eric Samson, en direct de Quito, en Equateur
Audrey Pulvar : Hier soir, les téléspectateurs équatoriens ont pu voir l’avant-première d’un documentaire de 58 minutes intitulé « Opération Jaque, un mouvement pas si parfait ». Cette opération dirigée par Alvaro Uribe, est celle qui a conduit, il y a presque 3 ans maintenant, à la libération d’Ingrid Bétancourt, de 3 membres de la CIA et de 11 soldats colombiens. Aujourd’hui, un journaliste colombien affirme que cette belle histoire est un montage. Quelle est sa version ?
Eric Samson : Gonzalo Guillén affirme que les deux geôliers des otages les plus précieux des FARC n´ont pas été dupés par une soi-disant mission humanitaire, mais qu´ils ont été achetés. Concrètement, les deux hommes connus par leurs alias de « César », le chef du front numéro 1 des Farc et « Gafas », auraient souhaité déserter et profiter d´une partie de la récompense de 100 millions de dollars offerte publiquement par le président Uribe aux guérilleros qui déserteraient avec leurs otages. Poussé en partie par sa fiancée, César aurait envoyé 2 de ses hommes à Bogota pour prendre contact avec un avocat, Carlos Toro. Cet avocat, que Guillén a rencontré et qui témoigne, affirme avoir négocié avec le FBI, la DEA, l´agence américaine anti-drogue, des membres de l´ambassade, mais également avec le procureur de l´Etat. Selon Guillén, l´existence de ces négociations est démontrée par 6 câbles de Wikileaks.
Audrey Pulvar : Combien de temps aurait duré cette négociation ?
Eric Samson : Selon Guillén, de 3 à 4 mois. Les geôliers des FARC auraient donné des preuves de bonne foi, en particulier l´existence de 2 caches d´armes et d´argent. 15 jours avant l’opération Jaque, César et Gafas se seraient même rendu à Bogota pour remettre un ordinateur contenant des preuves de vie des otages. Cet ordinateur, curieusement, n´a jamais été dans les mains de la justice colombienne, mais dans celles du FBI, selon Guillén. Les deux guérilleros auraient également cherché des garanties, en particulier en demandant à un ancien président colombien de donner son aval à l´échange. Ce président a refusé, mais a reçu une sorte de script qui décrit grosso modo le déroulement de l´opération telle qu´on l´a connaîtra plus tard. Guillén montre ce document.
Audrey Pulvar :Qu’est devenu César après sa capture ?
Eric Samson : Ce qui est curieux, c´est que César a été extradé aux Etats-Unis accusé de trafic de drogue, mais pas d´enlèvement ou d´extorsion. Cela fait un moment que personne ne l´a vu en prison et Guillén pense qu´il est dehors dans le cadre du programme de protection des témoins.
Il reste encore bien des points d´ombre, par exemple sur la rançon qui aurait été payée des fonds réservés et dont on n´a aucune trace. Selon Guillén, la France n´était pas au courant. Noel Saez, l´émissaire spécial du président Sarkozy pour la libération d´Ingrid Bétancourt, n´a pas caché, cela dit, ses doutes quant à la vérité officielle sur l´opération Jaque. Il en parle comme d’un montage à la Hollywood.