Patrick Cohen :
La Revue de Presse… Et comme chaque vendredi, la Revue de Presse à deux voix. Guyonne de Montjou a lu la presse internationale, et évidemment le New-York times. Yves Decaens a lu la presse nationale.
Bonjour à tous les deux. Et pour commencer, Guyonne, le rebondissement de l'affaire Strauss-Kahn…
Guyonne de Montjou :
"Major holes", des trous, des failles majeures, dans la crédibilité de la femme de chambre. Le New-York times est sans appel : la procédure qui vise DSK est sur le point de s'effondrer. Le journal protège ses sources, il tient ses informations de deux enquêteurs bien placés, qui ont d'ailleurs rencontré, hier, les avocats de l'ex-patron du FMI.
Bien sûr, poursuit l'article, il existe la preuve irréfutable d'une rencontre sexuelle entre Strauss-Kahn et cette femme, mais le récit qu'en a fait la victime présumée et qui a servi de base à toute l'accusation... et bien ce récit, les procureurs n'y croient plus.
Il semble, en effet, que la parole Nafissatou Diallo ne soit pas si sûre. L'article montre au moins deux moments où elle a été prise en flagrant délit de mensonge. Par exemple, lorsqu'elle a confié aux enquêteurs qu'elle avait déjà été violée par le passé. La jeune femme a assuré avoir mentionné cette agression pour appuyer sa demande d'asile aux Etats-Unis, mais les enquêteurs n'ont trouvé nulle part la trace de cet argument dans les papiers de l'immigration. De quoi mettre en doute la parole de la femme de chambre.
Enfin, selon le New-York times, elle entretiendrait des liens étroits avec un trafiquant de drogue et serait liée, de près ou de loin, à un réseau de blanchiment d'argent. "Ces révélations marquent un changement de fortune stupéfiant pour Monsieur Strauss-Kahn", écrit le New-York Times qui conclut que l'assignation à résidence du prévenu pourrait être levée dès ce vendredi.
Yves Decaens :
Rebondissement qui tombe mal, c'est le moins qu'on puisse dire pour Le Figaro qui revient en Une sur cette journée du 14 mai. « L'heure où tout a basculé pour DSK », titre le journal qui a reconstitué minute par minute la succession des évènements. Et le récit parait évidemment ce matin très décalé : cette femme de chambre sans histoire dont parle la correspondante du Figaro, cette employée exemplaire que décrit un porte-parole du Sofitel. Nouvelle illustration, s'il en était besoin, de la fragilité des témoignages et parfois aussi des informations.
Ce qui se vérifie, en revanche, c'est le sérieux de l'enquête. Comment, par exemple, raconte Marie-Amélie Lombard-Latune, les bandes-vidéo du Sofitel ont été scrutées à la loupe. Les bandes, mais aussi les commandes de DSK au room-service, ses appels, les entrées et sorties du personnel ces deux jours-là, et tous les séjours précédents de l'ex-directeur du FMI. Tout a été passé à la moulinette, absolument tout, de ce qui concerne l'accusé et, c'est confirmé ce matin, la plaignante.
Guyonne de Montjou :
Pas un mot dans les journaux européens bouclés trop tôt sur ce dernier rebondissement de l'affaire Strauss Kahn. En revanche, depuis ce matin, tous les journaux en ligne à l'international refont leur Une.
Savoir si ce nouveau rebondissement peut changer la donne des primaires socialistes. La presse n'en parle pas, c'est encore trop tôt. Ce qui change la donne, pour l'instant, c'est la primaire écologiste.
Yves Decaens :
La défaite annoncée du grand favori qu'était Nicolas Hulot redonne espoir aux outsiders de la primaire socialiste : Royal, Montebourg, Valls. Et le PS se met à craindre l'effet loterie comme dit Libération. Sauf que le parallèle est difficile commente Laure Bretton : 30.000 électeurs d'un coté, des centaines de milliers de l'autre, tout réflexe identitaire est impossible au PS, où qui plus est, les sondages veulent dire quelque chose.
A Europe Ecologie-Les Verts, le panel des sondés représentait 0,1% du corps électoral français. « En fait, avoue un responsable de BVA, nous savions que nous ne savions rien ».
Nouvelle illustration, cette fois de la méfiance qu'il faut accorder aux sondages. D'autant que cette primaire socialiste, et là c'est Paul-Henri du Limbert qui le souligne dans Le Figaro, est ouverte, mais ouverte à qui ? A toute personne qui veut bien débourser un euro, ce qui peut faire beaucoup de monde, y compris de facétieux militants de l'UMP ou du FN qui viendront s'amuser à brouiller le scrutin. Et que voudront les votants ? Le candidat le plus proche de leur sensibilité ou le plus capable de battre Sarkozy ? La primaire ouverte du PS, conclut du Limbert, décidément, c'est rendez-vous en terre inconnue !
Patrick Cohen :
Rendez-vous en terre familière... c'est l'un des évènements du week-end... le mariage princier à Monaco...
Guyonne de Montjou :
Albert et Charlène ne sont pas des stars internationales. La presse étrangère en parlera demain, mais nous avons regardé du côté de la presse monégasque, car elle existe ! Il existe un magazine dont on parle peu : La Gazette de Monaco.
Une cinquantaine de pages en couleurs, très pigmentées, qui d’habitude présentent plutôt l’actualité du luxe sur le Rocher, une sorte de paradis immobile sur papier glacé.
Mais la dernière édition est évidemment exceptionnelle ! La Gazette de Monaco est dans tous ses états… Dossier spécial, mariage à l’appui. Le magazine propose un portrait de Charlène Wittstock, qui s’intitule « délicate princesse ». En voici les premières lignes :
« On la dit discrète mais douée de caractère. On la dépeint comme chaleureuse et humaine mais peu de gens connaissent le son de sa voix »… Dommage Patrick, vous n’en saurez pas beaucoup plus. Parce qu’hormis ses bonnes manières et sa frénésie de natation, la future princesse ne s’est pas beaucoup dévoilée. Le Prince Albert épouse l’inconnue sud-africaine. C’est sidérant ! Et le journal fait tout pour modérer l’angoisse légitime des habitants du Rocher, en essayant de rendre leur future princesse plus proche, et surtout inoffensive. Ainsi, l’article conclut : « Charlène a confié qu’elle souhaitait s’affirmer au travers d’actions caritatives, au profit de personnes handicapées, d’enfants et d’animaux ». Tout un programme !
Yves Decaens :
Et c’est « un « Oui » très attendu », titre Le Parisien Aujourd’hui-en-France. Comme si la rumeur selon laquelle la belle s'était fait la belle avait semé le doute sur ce mariage
qui aura bien lieu "malgré tout ", comme dit France-Soir. Et malgré les grêlons de la taille d'un bigarreau qui sont tombés sur les installations de Jean-Michel Jarre. Comme si, je cite France-Soir, une malédiction s'acharnait sur les Grimaldi… Tu parles d'une malédiction ! Voir dans Point de Vue, Gala, Paris-Match, VSD : ils n'ont pas l'air trop malheureux les mariés, bien que le sourire de Charlène soit un peu figé, c'est vrai. Mais c'est dur, remarque François Caviglioli dans Le Nouvel- Observateur, d'exister par soi-même à l'ombre de la princesse grâce, qui reste la référence pour les Monégasques. D'autant moins évident qu'à Monaco, « l'exploitation de princesse c'est un vrai métier » : jolie formule de Francis Brochet dans Le Progrès. A chaque pays sa richesse naturelle : le blé en France, le diamant en Afrique du Sud et la princesse à Monaco. Il y a aussi beaucoup de blé à Monaco… Lire dans Libération comment ce mariage permet au Rocher de se refaire une virginité, de polir son image de paradis fiscal, mollement dénoncé par les institutions internationales dans leur prétendue lutte contre le blanchiment. Monaco, le plus petit Etat du monde, après le Vatican, dont le souverain, le prince Rainier, à lire cette fois dans Le Figaro, n'a pas eu à demander la permission à Paris pour se marier. Cela peut paraitre normal, mais en 55, rappelle Alain Barluet, le prince Rainier avait du solliciter le gouvernement français avant d'épouser Grâce. Le Rocher s'émancipe de plus en plus de l'emprise française.
Patrick Cohen :
Dans la presse, un rendez-vous traditionnel, le départ du Tour de France, c'est demain, Guyonne…
Guyonne de Montjou :
Le quotidien espagnol « El Mundo » trouve bien injuste ce matin, le traitement que le public français a réservé hier à Alberto Contador dans le stade rempli du Puy du fou, où 7.000 personnes étaient venues assister à la présentation des équipes du Tour de France : le champion cycliste a été hué.
Selon le quotidien espagnol, cette humiliation est d’autant plus injuste que la fédération de Madrid a blanchi Contador des soupçons de dopage. Mais l’enquête continue, et début août, c'est le tribunal arbitral du sport qui dira si oui ou non, le champion du dernier tour a été dopé au Clenbutérol. Si c'est le cas, si Contador est déclaré positif, alors sa victoire lui sera retirée.
Ce Tour de France 2011 risque donc d'être particulièrement pénible pour Contador. Il pourrait-être sifflé tout au long du parcours. D'ailleurs, la presse espagnole croit savoir que les Français ont choisi hier leur favori ! Ils ont réservé un tonnerre d'applaudissement à Andy Schleck, principal rival de Contador. C'est normal, conclu l'article, Schleck, lui, parle le français.
Yves Decaens :
Quoi qu'en dise la presse espagnole, l'invraisemblable affaire Contador est un fardeau qu'il va falloir trainer pendant trois semaines. Et c'est L’Equipe qui nous le dit dans un supplément consacré au Tour de France. Le sponsor se fiche bien de ce qui se passera après la course, écrit Gérard Ejnès : « Il a raqué, il veut son retour sur investissement, et avec Contador, il est sur d'avoir une exposition maximale et mondiale ».
Alors, la morale dans tout ça ? Voilà comment cette année, le deuxième pourrait être premier... C'est Poulidor qui aurait été content !