par Bernard Maris
le samedi de 7h20 à 7h27
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samedi 18 juin 2011

Les etats généraux de l'ESS

Question rituelle... Qu’avez-vous compris cette semaine ?

Vous savez que cette semaine se tiennent au Palais Brongniart, l’ancienne Bourse de Paris, le temple du capitalisme, les Etats-Généraux de l’Economie sociale et solidaire...

J’ai compris pourquoi l’Economie sociale et solidaire avait un bel avenir en France...

L’économie sociale et solidaire, c’est quoi ?

C’est l’économie des coopératives, des mutuelles, des associations, des réseaux de consommateurs, des réseaux de producteurs bios, c’est de très grosses banques par exemple comme le Crédit coopératif, le spécialiste de l’épargne solidaire, 270000 clients. Au total, l’ESS c’est tout de même 10% de l’emploi en France. La notion de coopérative est essentielle pour comprendre l’économie sociale et solidaire : dans la coopérative, vous fonctionnez selon le principe, un homme une voix. Un homme une voix c’est le principe de la démocratie politique, alors que le capitalisme de la Société anonyme repose sur le principe un dollar une voix. Le marché est censitaire, l’ESS est démocratique. L’entreprise capitaliste est hiérarchique, autoritaire, un patron des subordonnées, le modèle est la famille ou l’armée, un chef, des soldats. D’ailleurs, les chefs d’entreprises sont très majoritairement des hommes.

La coopérative n’est pas autoritaire ?

Moins ; en principe en tout cas ; en principe c’est une collaboration d’associés égaux. Mais le plus important est cette notion de coopération, qui vient de loin, du mouvement solidariste du milieu du 19, où les ouvriers tentèrent de s’associer pour travailler, produire, pour financer, pour consommer.. Ce qui veut dire que l’on se situe a priori dans la collaboration et non dans la compétition. Le marché c’est la lutte de tous contre tous, c’est marcher sur les autres pour survivre. Marcher sur les autres dans le travail, marcher sur les autres dans la consommation... Le marché c’est la guerre, la coopération c’est la paix. Mais surtout, les buts ne sont pas les mêmes... Une entreprise du secteur solidaire et social sera toujours mue par un but éthique. Respecter le travail, ne pas voler les clients, respecter l’environnement, ne pas produire des canons ou des poisons ou des mines antipersonnel, ne pas produire dans des dictatures, respecter un commerce équitable, un commerce qui donne une juste rémunération aux producteurs... Aider au financement de ceux qui n’y ont pas accès...

C’est le principe de la finance éthique

C’est exactement le principe de la finance éthique. Certains citoyens, trop petits, trop pauvres, n’ont pas accès au crédit ou alors au crédit des usuriers. La finance solidaire leur permet d’investir dans des activités qui les font vivre. La Nef Nouvelle Economie Fraternelle (tout un programme !) est une banque éthique. Prêt aux plus démunis, transparence dans la collecte et l’utilisation de l’épargne, refus de la spéculation... La finance solidaire permet aux citoyens de se réapproprier l’argent et le crédit. La Grèce aurait besoin d’un petit peu de finance solidaire en ce moment, et non de finance spéculative pratiquée par des usuriers !

Est-ce que l’économie sociale et solidaire crée beaucoup de richesse ?

Ah ! D’abord il est parfois très difficile de mesurer la richesse créée par l’Economie sociale et solidaire. Prenez une entreprise ou une association qui réinsère des taulards, d’anciens prisonniers... Une « assoc » qui réinsère des taulards, produit de la tranquillité, du travail, du bien vivre ensemble, de la paix dans un quartier qui permet à d’autres activités de s’implanter, des tas de services qui ne sont pas comptabilisées par le marché. Et qui ne sont pas mesurables. L’Economie sociale et solidaire produit du bien être souvent impondérable.

Est-ce qu’elle est efficace ?

Autre vive critique ! On lui reproche beaucoup d’être sous perfusion, soutenue par les deniers publics... Certaines entreprises de l’ESS sont très productives : Chèque-Déjeuners, par exemple ; ou encore « Alter Eco », le magazine économique. C’est une magnifique réussite. Il fait des bénéfices alors que la presse de marché fait souvent des pertes. Seulement ces bénéfices ne vont pas dans la poche d’un patron mais sont soit redistribués intégralement aux salariés, soit réinvestis avec leur accord.

Prenez les Amap « Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne » produisent des légumes bios, sains, savoureux, pas plus chers que les autres et évitent de transporter des pommes saturées de phosphates par avion, et font travailler de vrais agriculteurs, pas des marchands de pesticides déguisés en agriculteurs.

Un mot sur l’avenir de l’Economie sociale et solidaire ?

Je ne pense pas que dans un marché dominé par les géants, l’économie sociale et solidaire fasse des avions ou des centrales nucléaires, mais elle fera sans doute bientôt de la grande distribution, et pourquoi pas du transport, ou de l’exploitation d’énergie, pourquoi pas. Mais je pense qu’elle a un bel avenir pour plusieurs raisons :

1) L’ESS essaie de résoudre la vieille contradiction du travail : peut on être heureux au travail ? C’est même l’acte de naissance de la solidarité. L’économie sociale et solidaire, souvent inspirée par des chrétiens, rejette la lutte des classes et l’exploitation. Peut-on être heureux au travail ? L’ESS répond oui, en se réappropriant le fruit du travail, et en luttant contre l’aliénation. Regardez le fonctionnement d’Emmaüs, dont est issu Martin Hirsh, par exemple. Le bien être au travail est un défi considérable. C’était le défi du socialisme utopique.

2) L’ESS introduit la morale dans l’économie. On ne peut produire n’importe quoi, n’importe comment, en liquidant l’environnement et maltraitant les humains ou en rackettant les consommateurs. Le capitalisme est amoral. Il produit des bombes à billes ou des vaccins selon le marché. L’ESS est morale.

3) l’Ess relève le défi de la mondialisation. La multinationale brutale, aveugle, destructrice, prédatrice, qui refuse l’impôt, qui exploite le travail ici pour revendre des produits là-bas en faisant de la pollution au passage, ce n’est pas l’avenir.

Dernière raison ?

L’ESS a un immense défi à relever : Peut on être innovateur, entrepreneur, inventeur, et participer de l’ESS ? La réponse est oui. Incroyable est l’imagination des acteurs de l’ESS. Ils ont des milliers de solution pour les problèmes sociaux. Le succès les motive plus que l’argent. Ils sont heureux de produire : le logiciel libre, ou chacun est heureux de participer à un produit collectif, relève fondamentalement de l’ESS. De toutes façons, c’est ou la coopération des hommes pour produire et vivre ensemble, ou la guerre de tous contre tous et la mort à court terme. Le choix est clair.

Merci bernard


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